Migration, politique et santé mentale : un point de vue critique de Tenerife

Imagen de ponencia sobre migración, política y salud mental

Nous analysons comment les politiques migratoires affectent la santé mentale et pourquoi il est nécessaire d'avoir des psychologies situées qui ouvrent de nouvelles approches et perspectives.

Le 23 juin dernier, nous avons participé à Tenerife à l'événement “Politique migratoire et équité en matière de santé. Nouvelles perspectives”organisée par FUNDEC. Des experts des sphères politique, technique et universitaire ont créé un espace de dialogue rigoureux, critique et novateur sur les incidences des politiques migratoires sur la vie et la santé des migrants.

Au cours des sessions, les concepts clés pour comprendre ces impacts ont été retrouvés. Ils ont discuté des nécropolitique, Le concept, inventé par le philosophe Achille Mbembe, et l'idée de L'Europe en chaînes, par le politologue Samir Naïr. Ces deux notions mettent en évidence la responsabilité de la politique migratoire européenne dans la vie et la mort de ceux qui migrent : un système qui, dans la continuité de la dynamique coloniale et sous l'effet des hiérarchies économiques, discrimine ceux qui peuvent vivre et ceux qui sont laissés pour compte.

Parmi les intervenants figurait également le politologue Sani Ladan. Lors de son intervention, il a exploré à travers l'émotion, le visage et la littérature, la difficulté de reconnaître la souffrance, la fragilité ou l'impact psychique, dans un contexte où les mots ne semblent jamais suffire et où l'on exige de prouver que la douleur et le traumatisme sont réels. Un contexte qui normalise différentes échelles de souffrance selon les corps qui la subissent et les lieux d'où ils viennent.

Existe-t-il un diagnostic pour le chagrin causé par un deuil, une disparition ou une incertitude ?

Les corps de nombreux migrants, en particulier les corps noirs, portent d'innombrables blessures après avoir traversé des itinéraires marqués par la violence. Le deuil des migrants est aggravé par les situations de mort et de disparition qui peuvent survenir pendant le transit, ainsi que par l'impossibilité de retourner dans le pays d'origine en raison de pertes familiales importantes. A cela s'ajoute la nécessité de reconstruire un projet de vie dans un contexte qui le facilite rarement.

La santé mentale est le droit à l'équilibre, à la projection et à la construction identitaire. Il est essentiel de prendre conscience de la manière dont les politiques de migration et d'immigration provoquent des atteintes répétées à la dignité, au contrôle et à la sécurité, ce qui affecte la santé mentale des migrants. En matière de santé mentale, notre intervention doit viser à renforcer les mouvements et les espaces de soutien et de résistance face à des contextes aliénants ou violents, et à accompagner les personnes dans le travail complexe de reformulation identitaire qu'exige la migration.

Dans ce cadre, il est essentiel de reconnaître que la psychologie hégémonique limite notre capacité à comprendre les impacts subjectifs de la migration. Il nous appartient de nous décoloniser : de reconnaître que notre intervention est également influencée par l'histoire de la colonisation et de nous tourner vers des psychologies situées qui offrent de nouvelles approches et perspectives. Transformer l'accompagnement en un exercice de réparation et de changement, à la fois individuellement et collectivement.

Vers un engagement collectif et transformateur

Outre l'analyse des impacts, la journée a permis de remettre en question l'interprétation habituelle de l'interculturalité, en soulignant que la lutte contre le racisme est essentielle pour générer un véritable changement. La difficulté de parler du racisme, et plus encore du racisme institutionnel, a été mise en évidence, de même que le risque que les politiques hégémoniques de l'Union européenne ne soient pas respectées. de ce qui n'est pas dit, L'Union européenne en est un exemple très réussi, mais elle ne cache pas tout sous le discours, ou l'univers sémantique, de l'interculturalité.

Les tables rondes ont souligné l'importance de relier les mondes : rendre à la société civile les connaissances générées dans les universités et réveiller les universités au contact de la réalité sociale. Il a été rappelé que la politique et la santé sont liées : la politique rend les gens malades lorsqu'elle génère de la vulnérabilité, de la discrimination et de la violence.

Sur la base de ces réflexions, nous réaffirmons notre engagement à continuer à tisser, à partir de la rigueur scientifique et académique, à partir de la violence et des réalités sociales, pour donner la parole à ceux qui les subissent, comme un exercice de réparation et de transformation individuelle et collective.